Devenir Diacre !

Devenir Diacre !

Découvrez ci-dessous l’homélie de Mgr Alexandre Joly à l’occasion de l’ordination d’Erwan Thibault :

« Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile » (2Tm 2, 8). Depuis sa prison, Paul exhorte son fidèle Timothée pour qu’il exerce sa mission dans la confiance, avec l’humble audace de celui qui connaît ses limites mais qui reconnaît également la grandeur du don qui lui est accordé, qui rend grâce et reste fidèle. C’est le cœur de ce message que l’apôtre Paul confie à son disciple, message de foi qui rend fort celui qui en est le témoin : Paul n’est pas fort de lui-même, comme il le reconnaît avec beaucoup d’humilité ; cependant, serviteur de la Parole, il ne craint pas d’affronter les obstacles. « C’est pour cet évangile que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur » (2Tm 2, 9). Le monde de son temps le juge, le condamne, et va même le décapiter : Paul reste ancré dans la foi au Christ, ce Christ qui l’a choisi, est venu à sa rencontre, l’a comblé de sa miséricorde, l’appelle et l’envoie !

Chers frères et sœurs, aujourd’hui l’un d’entre nous va être ordonné et entrer dans l’ordre des diacres. Le Christ le choisit, vient à sa rencontre, le comble de sa miséricorde, l’appelle et l’envoie. Notre frère Erwan va recevoir le don de l’Esprit Saint, don qui fortifie, afin qu’il puisse assister l’évêque et les prêtres dans la mission que le Christ confie à son Église, à travers le ministère de la Parole, celui de l’autel et celui de la charité. Il va recevoir l’Évangile pour lequel l’apôtre Paul peut tout endurer afin de le proclamer, de l’annoncer, d’aider les fidèles à entrer dans l’accueil et l’écoute de la Parole ; il va annoncer le Christ vivant, Évangile de Dieu, afin que les hommes et les femmes croient et soient sauvés. Pour autant, ce ministère n’est pas un pouvoir mais bien un service : ce n’est qu’en se mettant jour après jour à l’écoute de la Parole que le ministre ordonné peut annoncer la Parole ; c’est parce que lui-même reçoit l’Évangile qu’il peut apporter l’Évangile à tous, croyants et incroyants. Erwan va assister l’évêque et les prêtres dans le service de l’eucharistie ; il va ainsi être institué ministre de l’autel, préparant la célébration de l’eucharistie à l’autel, distribuant le corps du Christ aux fidèles. Il va présider la prière de la communauté, célébrer le baptême et le mariage, présider la célébration des funérailles. Il va exercer le ministère de la charité afin que tous puissent reconnaître en lui le disciple missionnaire de celui qui est venu non pour être servi mais pour servir.

Pour entrer dans ce grand don du diaconat, l’Église nous fait entendre l’épisode de la guérison des dix lépreux dont un seul, un samaritain, revient sur ses pas pour rendre grâce et remercier Jésus. En lien avec ce passage de l’Évangile, nous avons reçu un extrait du Second Livre des Rois qui raconte la guérison du général syrien Naamân, lui aussi lépreux, qui est guéri lorsqu’il accepte de se plonger sept fois dans les eaux du Jourdain en suivant l’ordre du prophète Elisée. Nous sommes devant deux personnes atteintes de la lèpre, deux êtres qui ne font pas partie du peuple juif, deux hommes qui vont être guéris parce qu’ils croient à la parole de l’envoyé de Dieu. Ils guérissent dans leur corps, leur chair redevient semblable à celle d’un petit enfant ; mais surtout, ils s’ouvrent à la foi et cette foi les guérit dans leur âme, elle les sauve. « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ».

Nous l’avons chanté dans le psaume : « Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations (…). La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » (Ps 97). Disciple missionnaire, Erwan tu es ordonné pour annoncer au monde la victoire de Dieu, pour annoncer le salut et témoigner de la foi en Jésus Christ ressuscité d’entre les morts. Par ton ministère, tu vas inviter les hommes et les femmes à rencontrer le Christ qui apporte la guérison ; la guérison se vit à un double niveau, celui qui concerne le corps, et l’autre plus profond qui touche l’intimité de la personne, ce que l’Écriture appelle le cœur, selon la belle devise du cardinal John-Henry Newman canonisé ce matin à Rome : « Le cœur parle au cœur ». Le cœur rayonne dans l’existence tout entière. La guérison complète et radicale est le salut, ce que le samaritain a reçu en revenant sur ses pas pour rendre grâce à Dieu et se prosterner devant Jésus, reconnaissant en lui le seul Messie, le seul Médiateur, le seul envoyé de Dieu qui apporte la vie éternelle.

Si la santé est ô combien nécessaire, importante, si la question de la santé prend parfois une grande place dans nos vies et celle de nos proches, le salut vaut bien plus que la santé : il s’agit d’une vie nouvelle, remplie, pleine, définitive. Il s’agit de la foi qui rétablit l’homme dans sa relation profonde avec Dieu, avec lui-même, avec les autres. Et cette foi s’exprime dans la reconnaissance, cette joie du samaritain guéri qu’il ne peut contenir. Ce lépreux guéri sait remercier : il ne considère pas tout comme un dû mais comme un don qui, quel que soit l’intermédiaire, les hommes, la nature, les événements, provient en fait de Dieu. La foi nous invite à nous ouvrir à la grâce du Seigneur, à reconnaître que tout est don, que tout est grâce. Un mot renferme tout ce trésor, le mot « merci », ce que nous vivons dans la célébration de l’eucharistie qui n’est autre que l’action de grâce du Christ à son Père à laquelle nous prenons part par la force et l’action de l’Esprit Saint.

Dans ton ministère de diacre, tu vas conduire à rencontrer le Christ, tu vas inviter ceux que tu rencontres à ouvrir leur cœur à Dieu pour se laisser transformer intérieurement. Ton choix du célibat va te conduire à être attaché au Christ d’un cœur sans partage, te donnant plus librement au service de Dieu et des hommes, toujours plus disponible pour travailler à l’œuvre du salut que le Christ vient accomplir parmi nous. Cet engagement au célibat, signe du don de toi-même au Christ Seigneur, n’est pas un objet de fierté ni même un état – d’ailleurs, tu as manifesté ta résolution en avançant d’un pas après avoir exprimé ta décision et ton vouloir – : c’est une invitation à se donner toujours davantage, un appel à garder activement cet engagement à cause du Royaume des cieux, une invitation permanente à te mettre au service de Dieu et de ton prochain. L’engagement au célibat situe la relation à l’autre sous un autre regard, une relation de profonde chasteté, dans un grand respect pour l’autre, particulièrement le plus fragile, une conscience que l’autre ne t’appartient nullement. Le ministère ne consiste pas à relier les personnes à toi mais bien de les relier au Christ, et seulement au Christ.

L’attitude d’Élisée à l’égard du général syrien est lumineuse ; elle a déstabilisé Naaman qui a hésité à repartir dans son pays sans obtenir la guérison. En effet, bien loin de le faire venir chez lui, de poser des gestes et des paroles qui auraient pu le grandir aux yeux de ce païen, Élisée ne sort pas de chez lui et lui demande d’aller se baigner sept fois dans le Jourdain. Naaman, est arrivé avec une multitude de cadeaux et tous les gens de sa maison, attendait un peu plus d’égard et une manifestation plus évidente qu’il avait à faire avec un homme de Dieu. Élisée s’efface, il laisse Naaman rencontrer le vrai Dieu, et c’est cela qui compte. Lorsqu’il ressort guéri du Jourdain, il s’empresse de revenir vers Élisée pour lui apporter des cadeaux signifiant sa reconnaissance. « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien » ! Le général syrien avait découvert qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Dieu d’Israël ; devant cet effacement du prophète, il emporte de la terre du pays et choisit de vivre selon le Dieu d’Israël, entraînant les gens de sa maison à sa suite. Élisée a été un véritable homme de Dieu, un véritable ministre du Seigneur, le véritable serviteur de la Parole : Naaman a été guéri, mais bien plus, grâce à l’attitude du prophète, il a été touché au cœur et se met en route pour vivre avec Dieu.

Jésus guérit souvent, signe que le Royaume est présent ; si la guérison peut intervenir par des gestes, là, dans le passage d’Évangile qui nous est donné aujourd’hui, qui t’est donné aujourd’hui, Erwan, Jésus ne s’approche pas et leur demande seulement d’aller trouver les prêtres. Étonnamment, il s’efface pour que les lépreux puissent faire l’expérience de la guérison par Dieu, refusant d’apparaître comme un guérisseur ou un homme supérieur. Il se met au service de l’œuvre de son Père et laisse ces dix hommes aller leur chemin ; profonde chasteté du Christ à l’égard de ces hommes qui viennent de l’appeler « Maître ». Seul le Samaritain revient pour se prosterner devant lui et rendre grâce, reconnaissant ainsi en Jésus le Messie, reconnaissant la divinité de Jésus par ce geste de prosternation que tu vas accomplir dans quelques instants avant de recevoir le sacrement de l’ordre. Jésus s’extasie devant sa foi, il se réjouit profondément ; à sa suite, Erwan, tu seras témoin de l’action de Dieu dans le cœur des autres. Jésus lui dit alors : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ». Jésus n’aliène pas l’homme sauvé à lui-même, il l’invite à se relever, à se tenir debout, et l’invite à prendre la route.

« Sois avec nous, Dieu tout-puissant, nous t’en prions, sois avec nous » : donne à ton fils Erwan que voilà d’imiter ton Fils Jésus, venu pour servir et non pour être servi. « Consacre Erwan pour qu’il serve à l’autel et accomplisse la fonction diaconale ». Toi qui construis ton Église, fais-la grandir en un temple nouveau, suscite l’engagement de nombreux jeunes pour servir l’Église à travers le ministère ordonné, donne à chacun des ministres d’être un vrai serviteur, chaste, ancré dans l’amour de ton Fils, habité par l’Esprit Saint. Que ton Église soit, à travers chacun de ses membres, la servante du Seigneur, à l’image de Marie, la vierge fidèle, qui nous entoure de sa délicate maternité bienveillante. Amen.

Alexandre Joly

Évêque auxiliaire de Rennes, Dol et Saint-Malo

le dimanche 13 octobre 2019

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